dimanche 5 février 2012

Synthèse Café Maçon du 2 Février 2012

« La laïcité à la française est-elle toujours d’actualité ? »

La laïcité à la française est-elle toujours d’actualité ? Les principes de base de la loi 1905 sont ils toujours valables dans la société multiculturelle ? Est-ce la loi qui pose problème ou son application ?

Les deux textes d’introduction posent les deux pôles du débat. Le premier rappelle les principes de la loi 1905 qui a permis d’apaiser des tensions entre les deux camps qui se sont affrontés au cours du 19ème siècle . Elle institue la séparation entre LES Eglises et l’Etat. Elle a une fonction constitutionnelle, éthique et politique. La République assure la liberté de conscience et relègue la foi dans la sphère privée. Il y a égalité de principe entre tous les hommes quelles que soient leurs croyances. Elle permet le vivre ensemble.

Le second texte, celui du visiteur, souligne que l’application de la loi 1905 pose problème car elle sert à cultiver des tensions avec certaines communautés à propos des signes ostentatoires de leur culte.

Des demandes d’information sur les exceptions à l’application de la loi du 1905 (Mayotte, Concordat) restent sans réponse.

La question de l’Islam avec le manque de mosquées dans les quartiers sensibles où vivent la plupart des Musulmans, délaissés par la République et celui de l’interdiction du voile à l’école et de la burqa dans les lieux publics va se trouver au centre du débat.

L’absence de mosquées, sauf dans les grandes villes, alors que l’enseignement catholique est significativement soutenu par l’Etat dénote un manque de neutralité dans l’application de la loi 1905. Voire même, une véritable défaillance de l’égalité et de la fraternité dans ces quartiers où le réseau communautaire de solidarité est venu compenser l’absence de réseau social et l’abandon des immigrés de la seconde génération qui ont décidé de vivre en France.

La législation sur l’interdiction du voile et le port de la burqa est contreproductive car elle attise les résistances et le repli identitaire. La loi sur la burqa est maladroite car elle touchait peu de monde, essentiellement des femmes converties à l’Islam qui voulaient vivre leur religion dans l’anonymat et elle devait être prise pour des raisons de sécurité et non pas au nom de la Laïcité. Certains pensent qu’elle est très peu appliquée.

Les Musulmans se sentent rejetés dans leurs croyances. Ils pensent que la loi 1905 leur est hostile. Et particulièrement du fait d’un contexte électoral qui incite certains à faire croire aux Français qu’ils ne sont plus chez eux.

Certains sont contre les restaurants rapides spécialisés dans le Hallal car c’est discriminant pour les non musulmans. D’autres non. Quelqu’un pense qu’il vaut mieux construire des écoles plutôt que des mosquées ingérables et trop coûteuses.

Dans ce débat animé, on a surtout pointé les défaillances de la République française (liberté, égalité, fraternité ) et la société française qui bloque sur son passé colonial et dénie son multiculturalisme .

Quant à la laïcité à l’école, un enseignant en retraite pense que les signes ostentatoires religieux doivent y être interdits car il faut respecter la liberté des jeunes vulnérables et influençables. A l’école la religion ne doit pas se voir tout comme dans l’espace public. Une enseignante pense qu’il faut trouver un juste milieu entre la neutralité et la liberté d’échanger sur les religions. La laïcité à l’école est trop contraignante. Un autre pense que la laïcité permet la liberté de croyance et de conscience et aussi l’éveil de l’esprit critique par rapport au fait religieux. Une connaissance distancée des religions dans un espace de neutralité est fondamentale. Il faut une école laïque de la maternelle à l’université.

Quelqu’un propose réformer la loi 1905 car il veut une liberté totale de croyance et de non croyance . La seule chose importante c’est que personne n’impose sa religion à un autre. Les religions doivent être estompées pour que tout la liberté de croyance et de conscience soit respectée .. On ne doit pas entrer dans la vie privée des gens. Pour lui, ce sont des combats d’arrière garde, il faut se battre pour plus de liberté et plus de respect des autres. Le rôle de l’Etat n’est pas d’entretenir le conflit mais le dialogue. La laïcité ne doit pas faire obstacle aux pratiques religieuse.

Un autre estime que c’est aux religions de s’adapter et de se moderniser. Certaines coutumes sont dépassées. Spiritualité et tolérance devraient aller ensemble car, au fond toutes les religions se rejoignent sur leurs valeurs. Les religions doivent prendre de la hauteur par rapport à de petits détails ou rituels auxquels on accorde trop d’importance.

Un intervenant préférerait qu’on construise des lieux œcuméniques où tout le monde puisse venir se rencontrer, se réunir.

Qu’est ce qui fait problème, la loi 1905 ou le commentaire sur la loi ? Il faudrait expliquer davantage la loi et éduquer sur la laïcité pour éviter les conflits, les amalgames et les crispations.

Il faut revenir à la loi elle même (liberté de conscience et non financement des cultes ) et se demander si cet espace permet à chacun de s’y retrouver. Il faut pointer les dérives dans l’application de la loi et faire en sorte que ceux qui sont exclus de la République puissent s’y retrouver.

La laïcité est magnifique, on nous l’envie, elle est le terreau de la mixité qui nous sauvera et nous amènera à transcender nos différences. Il y a éducation religieuse mais aucune éducation à la laïcité. La République est en défaut de ce point de vue. Si les jeunes des banlieues sont contre la laïcité c’est qu’on ne leur a pas appris en quoi elle consistait.